Guide d’ingénierie

Mise à niveau pour le traitement quaternaire et la Directive UE 2045 : guide d’ingénierie complet

Un guide pratique pour concevoir les mises à niveau de traitement quaternaire que les stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires de l’UE doivent réaliser entre 2033 et 2045 en vertu de la Directive (UE) 2024/3019 — avec comparaison technologique, fourchettes de coûts et échéancier de conformité fondés sur le texte juridique et l’étude de coûts du JRC.

Ce que le traitement quaternaire signifie pour les ingénieurs en eaux usées

Le traitement quaternaire est l’étape additionnelle de traitement des eaux urbaines résiduaires qui retire un large spectre de micropolluants organiques — résidus pharmaceutiques, ingrédients cosmétiques et autres produits chimiques organiques persistants qui traversent les étapes conventionnelles primaire, secondaire et tertiaire. Selon la Directive (UE) 2024/3019, le traitement quaternaire se définit comme « le traitement des eaux urbaines résiduaires par un procédé qui réduit un large spectre de micropolluants dans les eaux urbaines résiduaires ».[1]

Pour les ingénieurs en eaux usées de l’Union européenne, le traitement quaternaire n’est plus une exigence émergente. C’est une obligation contraignante assortie d’une trajectoire de conformité définie. D’ici le 31 décembre 2045, toutes les stations d’épuration des eaux urbaines résiduaires desservant une charge de 150 000 équivalents-habitants (EH) ou plus doivent appliquer le traitement quaternaire, avec des jalons intermédiaires en 2033 et 2039. Des stations supplémentaires desservant des agglomérations de 10 000 EH et plus doivent également appliquer le traitement quaternaire lorsqu’elles rejettent dans des zones identifiées comme sensibles à la pollution par les micropolluants.[1][3]

Constat clé : la Directive impose l’exigence de traitement quaternaire sur la base du principe de précaution, combiné à une approche fondée sur le risque. Même à de faibles concentrations de l’ordre du microgramme par litre ou moins, certains micropolluants sont dangereux pour la santé publique et l’environnement.[1] La Directive considère le coût du traitement quaternaire comme une obligation de pollueur-payeur : les producteurs de produits pharmaceutiques et cosmétiques qui génèrent les micropolluants doivent couvrir au moins 80 % du coût de traitement par l’entremise des régimes de responsabilité élargie des producteurs (REP).[1]

L’implication pratique pour les firmes d’ingénierie et de génie-conseil : une mise à niveau pour le traitement quaternaire n’est pas un sujet de recherche futur. C’est le projet d’immobilisation dominant sur la feuille de route européenne des eaux usées pour les deux prochaines décennies, avec une échéance définie, des technologies nommées dans la Directive, et une méthodologie d’évaluation des risques définie qui détermine quelles stations de 10 000 à 150 000 EH doivent aussi se conformer.

Le cadre réglementaire dans lequel les ingénieurs conçoivent

La base juridique du traitement quaternaire est la Directive (UE) 2024/3019 du Parlement européen et du Conseil du 27 novembre 2024 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires (refonte), publiée au Journal officiel le 12 décembre 2024 et entrée en vigueur le 1er janvier 2025.[1] Les États membres doivent transposer les dispositions de fond dans leur droit national d’ici le 31 juillet 2027.[3] Le cadre juridique dans lequel les ingénieurs travaillent repose sur trois couches qui se renforcent mutuellement : portée, échéances de conformité et responsabilité des producteurs.

Portée : quelles stations et quelles substances

L’article 8 de la Directive établit deux déclencheurs de portée pour le traitement quaternaire. Le premier est la taille de la station : toute station d’épuration des eaux urbaines résiduaires traitant une charge de 150 000 EH ou plus est tenue d’appliquer le traitement quaternaire.[1] Le second repose sur le risque : les agglomérations de 10 000 EH et plus qui rejettent dans des zones où la concentration ou l’accumulation de micropolluants représente un risque pour l’environnement ou la santé humaine sont également visées. Ces zones incluent les bassins versants utilisés pour le captage d’eau potable, les eaux de baignade, les zones d’aquaculture, les lacs, les rivières dont le taux de dilution est inférieur à 10, les sites Natura 2000, et les eaux côtières, de transition et marines pour lesquelles une évaluation des risques confirme la nécessité.[1]

La conformité est mesurée par la performance de retrait. L’annexe I, tableau 3 de la Directive exige un retrait minimal de 80 % des micropolluants indicateurs, calculé comme la moyenne des pourcentages spécifiques de retrait de substances issues de deux catégories : catégorie 1 (substances pouvant être très facilement traitées, incluant l’amisulpride, la carbamazépine, le citalopram, la clarithromycine, le diclofénac, l’hydrochlorothiazide, le métoprolol et la venlafaxine) et catégorie 2 (substances pouvant être traitées facilement, incluant le benzotriazole, le candésartan, l’irbésartan et un mélange de 4/5-méthylbenzotriazole).[1]

Échéances de conformité : la trajectoire 2033-2045

La Directive établit une trajectoire de conformité progressive avec des jalons intermédiaires contraignants, et non une échéance unique en 2045. Pour les stations traitant 150 000 EH et plus, le calendrier est le suivant :

  • 31 décembre 2033 : 20 % de ces stations d’épuration doivent appliquer le traitement quaternaire
  • 31 décembre 2039 : 60 % de ces stations d’épuration doivent appliquer le traitement quaternaire
  • 31 décembre 2045 : toutes ces stations d’épuration doivent appliquer le traitement quaternaire[1]

Pour les agglomérations de 10 000 EH et plus qui rejettent dans des zones sensibles inscrites, la trajectoire est plus granulaire : 10 % au 31 décembre 2033, 30 % au 31 décembre 2036, 60 % au 31 décembre 2039, et 100 % au 31 décembre 2045.[1] Les États membres doivent établir la liste des zones sensibles d’ici le 31 décembre 2030 et la réviser tous les six ans par la suite.[1]

20 %
des stations de 150 000+ EH doivent appliquer le traitement quaternaire au 31 décembre 2033
60 %
au 31 décembre 2039 — jalon intermédiaire de la trajectoire
100 %
au 31 décembre 2045 — conformité complète pour toutes les stations de 150 000+ EH

Responsabilité élargie des producteurs (article 9)

Pour couvrir les coûts additionnels imposés par le traitement quaternaire, l’article 9 de la Directive exige que les États membres mettent en place un système de responsabilité élargie des producteurs (REP) d’ici le 31 décembre 2028. Les producteurs qui mettent sur le marché de l’UE les produits énumérés à l’annexe III — actuellement les médicaments à usage humain et les produits cosmétiques — doivent couvrir au moins 80 % du coût total du traitement quaternaire, incluant les coûts d’investissement et d’exploitation ainsi que la surveillance des micropolluants.[1]

Des exemptions s’appliquent lorsqu’un producteur met sur le marché moins d’une tonne par année des substances concernées, ou lorsque les substances sont rapidement biodégradables dans les eaux usées ou ne génèrent pas de micropolluants en fin de vie. Les producteurs doivent exercer leur responsabilité collectivement par l’entremise d’organismes de responsabilité du producteur reconnus à l’échelle nationale, qui sont soumis à des audits indépendants annuels.[1] La Commission doit réviser la liste des produits de l’annexe III en vertu de l’article 30 d’ici 2033 au plus tard, et peut élargir la REP à d’autres secteurs sur la base des données de surveillance et des preuves scientifiques.[2]

📋 Détail de mise en œuvre de l’UE

La Directive précise que le traitement quaternaire doit d’abord cibler les micropolluants organiques, « qui représentent une part importante de la pollution et pour lesquels des technologies de retrait ont déjà été conçues ».[1] Les États membres peuvent aller au-delà des exigences minimales de la Directive, notamment en appliquant des échéances ou des seuils plus stricts que la base commune de l’Union, ou en élargissant le spectre des produits soumis à la responsabilité élargie des producteurs.[1]

Échantillonnage, surveillance et critères de réussite

Pour les stations soumises au traitement quaternaire, la Directive fixe des fréquences de surveillance en fonction de la taille de la station. Les stations traitant entre 50 000 et 149 999 EH exigent deux échantillons de micropolluants par mois ; les stations traitant 150 000 EH et plus exigent également deux échantillons par mois pour les micropolluants, en plus d’un échantillonnage plus fréquent pour les autres paramètres.[1] Chaque événement d’échantillonnage prélève un échantillon à la fois à l’entrée et à la sortie de la station d’épuration. Les échantillons fondés sur le temps utilisés pour surveiller les micropolluants doivent être des échantillons sur 48 heures plutôt que les échantillons sur 24 heures utilisés pour les autres paramètres.[1]

La conformité est évaluée en faisant la moyenne des pourcentages spécifiques de retrait de toutes les substances individuelles utilisées dans le calcul. Au moins six substances doivent être mesurées, et le nombre de substances de catégorie 1 doit être le double de celui des substances de catégorie 2.[1]

Conséquence pour l’ingénierie : la Directive est explicite que des exigences plus strictes que celles de l’annexe I « doivent être appliquées lorsque cela est nécessaire pour garantir que les eaux réceptrices satisfassent aux exigences » établies par la Directive-cadre sur l’eau, la Directive-cadre Stratégie marine, la Directive sur les normes de qualité environnementale, et la Directive sur les eaux de baignade.[1] Les équipes de conception qui ne s’en tiennent qu’au seuil de retrait de 80 % de l’annexe I sans vérifier l’état des eaux réceptrices par rapport à chaque directive applicable risquent une non-conformité à la mise en service.

Options technologiques pour le traitement quaternaire

La Directive ne prescrit pas une technologie unique. Le considérant 18 délimite l’espace de conception au niveau politique : le traitement quaternaire doit cibler les micropolluants organiques « pour lesquels des technologies de retrait ont déjà été conçues ».[1] Dans la base de preuves techniques européenne — en particulier la comparaison des modèles de coûts du Centre commun de recherche (JRC) publiée en 2025 et les ensembles de données suisses et italiens qui la sous-tendent — trois familles technologiques dominent la conversation sur la mise en œuvre : l’ozonation, le charbon actif granulaire (CAG) et le charbon actif en poudre (CAP).[2]

Ozonation

L’ozonation oxyde les micropolluants par introduction d’ozone dans l’effluent traité, généralement suivie d’une étape de post-traitement biologique ou physique comme la filtration sur sable pour gérer les produits de transformation. Dans l’analyse du JRC sur l’ensemble de données suisse VSA couvrant des stations en exploitation de 2014 à 2023, les stations à ozonation se concentrent au bas de la courbe coût-taille.[2] L’analyse italienne du Politecnico di Milano citée dans le rapport du JRC indique que le coût actualisé varie d’environ 9 EUR/EH/an à 50 000 EH à environ 6 EUR/EH/an pour les stations de plus de 50 000 EH, la courbe d’ozonation étant la moins chère des trois familles technologiques de la comparaison.[2]

Charbon actif granulaire (CAG)

Le CAG retire les micropolluants par adsorption sur un lit fixe de média de charbon qui est périodiquement régénéré ou remplacé. Dans l’ensemble de données PoliMi référencé par le JRC, le coût du CAG est sensible à l’intervalle de régénération — des cycles de régénération de 6, 12, 24 et 36 mois produisent un large éventail de coûts d’exploitation.[2] Avec des intervalles de régénération longs, le CAG est concurrentiel avec l’ozonation ; avec des intervalles courts, les coûts augmentent considérablement.

Charbon actif en poudre (CAP)

Le CAP est dosé dans la chaîne de traitement sous forme de boue, offrant une cinétique d’adsorption rapide mais générant un flux de boues qui doit être géré. Dans l’analyse PoliMi, le CAP se présente systématiquement comme la plus chère des trois familles technologiques, avec un coût déterminé par la dose et la fraction de boues déchets/extraites.[2]

Comparaison des technologies selon la taille de la station

Le coût du traitement quaternaire par EH chute fortement avec la taille de la station — les économies d’échelle sont marquées. Le rapport du JRC documente que les coûts unitaires (EUR/EH/an) déclinent d’environ 20 à 25 EUR à 10 000 EH à environ 7 à 10 EUR à 100 000 EH, et approchent 7 EUR à un million d’EH dans l’ensemble de données suisse.[2] Le modèle danois ENVIDAN/TI/DANVA donne une forme comparable : environ 12 EUR/EH/an à 50 000 EH déclinant à environ 7 EUR/EH/an à 300 000 EH.[2]

Technologie Profil de coût (selon JRC 2025) Facteur de coût dominant Contrainte clé
Ozonation (+ post-traitement) La plus basse des trois dans les données PoliMi Dose d’ozone (2, 5 ou 10 mg/L) Gestion des produits de transformation ; énergie
Charbon actif granulaire (CAG) Milieu de gamme ; sensible à l’intervalle de régénération Temps de régénération du CAG (6 à 36 mois) Gestion du média usé ; dimensionnement du lit
Charbon actif en poudre (CAP) La plus élevée des trois dans les données PoliMi Dose de CAP et fraction de boues déchets Volume de boues ; coût d’élimination
Traitement secondaire + tertiaire conventionnel seul Non conforme à l’exigence de traitement quaternaire N’atteint pas un retrait de 80 % des substances indicatrices de l’annexe I

La Directive n’exige aucune technologie unique. Les autorités compétentes des États membres, en consultation avec les exploitants, identifient les technologies de traitement quaternaire les plus appropriées par l’entremise des dialogues requis par l’article 10.[1] Le choix technologique est spécifique à la station et doit être validé en regard de la caractérisation de l’eau d’alimentation, des contraintes d’empreinte au sol, de la capacité de gestion des boues, et de la classification de sensibilité des eaux réceptrices selon l’article 8.

Le processus de conception du traitement quaternaire

Une conception défendable du traitement quaternaire commence par une analyse réglementaire et d’évaluation des risques, et non par la sélection d’équipement. Le processus ci-dessous structure d’abord les décisions les plus déterminantes.

1

Confirmer la portée selon l’article 8

Déterminez si la station est visée par le seuil inconditionnel de 150 000 EH, ou par le déclencheur fondé sur le risque pour les stations de 10 000 EH et plus rejetant dans une zone sensible. Pour les stations de 10 000 à 149 999 EH, l’évaluation des risques de l’article 8 est le document maître et doit être référencée à la liste formelle des zones sensibles publiée par l’État membre.[1] La loi nationale de transposition peut imposer une portée plus stricte que la base commune de l’Union.

2

Ancrer le projet à un jalon de conformité

Identifiez le jalon intermédiaire de la trajectoire 2033-2045 auquel la station est assignée selon le programme national de mise en œuvre. Les États membres doivent établir les programmes nationaux de mise en œuvre d’ici le 1er janvier 2028 et les soumettre à la Commission.[1] Le programme détermine si la station doit être en service en 2033, 2039 ou 2045 — et donc quand l’approvisionnement, l’ingénierie et la construction doivent commencer.

3

Caractériser l’eau d’alimentation et les substances indicatrices

Échantillonnez l’affluent et l’effluent de la station pour les substances indicatrices de l’annexe I, tableau 3, dans toutes les conditions d’exploitation. Quantifiez le retrait déjà atteint par les étapes primaire, secondaire et (le cas échéant) tertiaire, afin que la conception du traitement quaternaire soit dimensionnée pour la charge résiduelle, et non la charge brute. La Directive exige que la performance de retrait de 80 % soit calculée comme la moyenne sur au moins six substances, avec un nombre de substances de catégorie 1 égal au double de celui des substances de catégorie 2.[1]

4

Générer plusieurs options de chaîne de traitement

Évaluez plusieurs configurations candidates plutôt que de vous engager sur une seule technologie. Les preuves de coûts du JRC indiquent que l’ozonation est généralement la famille la moins chère, le CAG est au milieu de gamme avec une sensibilité à l’intervalle de régénération, et le CAP est la plus chère.[2] Les configurations hybrides (ozonation suivie d’une étape de polissage biologique ou par adsorption) sont fréquentes dans l’ensemble de référence suisse.[2] Chaque candidate doit respecter l’exigence de retrait de 80 % sur le panel d’indicateurs de l’annexe I.

5

Modéliser le coût du cycle de vie selon la fourchette de référence du JRC

Pour chaque candidate, modélisez le coût actualisé sur la durée de vie de la station — CAPEX, OPEX, énergie, consommables, gestion des résidus et surveillance. Utilisez la fourchette de référence du JRC (95 % à 138 % de l’estimation de l’étude d’impact ajustée pour l’inflation au niveau de l’UE) comme vérification de cohérence des coûts unitaires.[2] L’énergie représente une part significative de l’OPEX et est partiellement compensée par les cibles de neutralité énergétique de l’article 11 — 20 % d’énergie renouvelable d’ici 2030, 40 % d’ici 2035, 70 % d’ici 2040 et 100 % d’ici 2045.[1]

6

Coordonner avec la voie de financement REP de l’article 9

Jusqu’à 80 % des coûts du traitement quaternaire sont couverts par le régime REP payé par les producteurs pharmaceutiques et cosmétiques.[1] L’organisme de responsabilité du producteur détermine le mécanisme de récupération des coûts dans chaque État membre. Les équipes d’ingénierie devraient aligner le rapport de coûts du projet sur le format de collecte de données REP, afin que l’exploitant puisse récupérer les coûts admissibles auprès de l’organisme de responsabilité du producteur sans retravail rétrospectif.

7

Documenter une justification de conception traçable

Chaque décision de conception devrait être traçable jusqu’à un article, une annexe ou un constat d’évaluation des risques spécifiques. La Directive établit une révision du programme national de mise en œuvre tous les six ans et une évaluation de la Commission en 2033 et 2040 qui examineront la pertinence de la liste des produits de l’annexe III, la faisabilité d’étendre la REP aux PFAS et aux microplastiques, et l’atteinte de l’objectif de neutralité énergétique.[1] Les conceptions auditables aujourd’hui survivent à ces révisions ; celles qui reposent sur le savoir tacite n’y survivent pas.

Fourchettes de coûts et économie du traitement

Le rapport technique du JRC publié en 2025 (JRC144745) fournit la référence de coût la plus récente et la plus autoritaire pour le traitement quaternaire à l’échelle de l’UE.[2] Il compare la fonction de coût utilisée dans l’étude d’impact de la Directive refondue avec cinq modèles de coûts alternatifs issus de données suisses (VSA), italiennes (Politecnico di Milano), allemandes (UBA) et danoises (ENVIDAN/TI/DANVA).

Le constat principal : lorsque l’exigence complète du traitement quaternaire sera mise en œuvre d’ici 2045, le coût annuel total pour l’UE devrait se situer dans la fourchette de 1,48 à 1,8 milliard EUR par année aux prix de 2025, soit entre -5 % et +15 % par rapport à l’estimation de l’étude d’impact ajustée pour l’inflation (1,56 milliard EUR par année).[2] Le « pire cas » plafonné sans correction pour les niveaux de prix suisses est de 2,15 milliards EUR par année.[2]

Coût par citoyen : si 80 % des coûts totaux sont récupérés par le régime REP de l’article 9 et répercutés sur les consommateurs, le JRC estime le coût additionnel par citoyen de l’UE à 2,64 à 3,20 EUR par année d’ici 2045 — moins de 1 % de la dépense moyenne par habitant en produits pharmaceutiques et biens médicaux non durables, qu’Eurostat situe à environ 557 EUR par année en prix courants.[2]

À l’échelle de la station, le rapport du JRC quantifie la relation coût-taille en utilisant cinq fonctions de coût. Le profil est le même pour les cinq : le coût unitaire (EUR/EH/an) chute fortement avec la taille de la station. La courbe « moyenne » suisse VSA suggère environ 25 EUR/EH/an à 10 000 EH, déclinant à environ 10 EUR/EH/an à 100 000 EH et à environ 7,5 EUR/EH/an à un million d’EH.[2] Le modèle danois produit une forme similaire avec environ 12 EUR/EH/an à 50 000 EH déclinant à 6,8 EUR/EH/an au-dessus de 300 000 EH.[2]

Pour une station de 150 000 EH, la fonction d’étude d’impact ajustée pour l’inflation donne environ 7,6 EUR/EH/an (1300 × 150 000-0,45), ce qui implique un coût annuel total d’environ 1,14 million EUR par année pour cette station. La courbe « moyenne » suisse à la même taille donne environ 8 EUR/EH/an. Les deux estimations d’ancrage convergent à 10-15 % près au seuil de 150 000 EH et divergent davantage pour les stations plus petites ou plus grandes.[2]

Trois facteurs vont réduire ces coûts pendant la période de mise en œuvre et devraient être reflétés dans tout modèle économique à l’échelle du projet :

  • Les cibles de neutralité énergétique de l’article 11 réduisent progressivement la part énergétique de l’OPEX à mesure que la production renouvelable se met en place à la station de traitement et autour de celle-ci.[2]
  • Les économies d’échelle au niveau du marché de l’UE — à mesure que le traitement quaternaire se déploie dans toutes les stations de 150 000+ EH, les coûts d’équipement et de consommables devraient diminuer avec la maturité du marché.[2]
  • La trajectoire de mise en œuvre elle-même : entre 2025 et 2045, le coût annuel moyen est d’environ 40 % du coût final de 2045 aux prix courants, parce qu’une fraction seulement des stations est en service durant chaque période intermédiaire.[2]

⚠️ Réalité de la modélisation des coûts

Le JRC note explicitement que les coûts estimés à partir de fonctions de coût de ce type ne sont pas spécifiques à une station et ne devraient être utilisés que pour des estimations agrégées.[2] Un modèle de coût à l’échelle du projet doit être construit à partir des conditions spécifiques du site : matrice de l’eau d’alimentation, empreinte au sol, services publics disponibles, capacité de gestion des boues, et environnement d’approvisionnement de l’État membre. Les fourchettes de coûts du JRC sont la vérification de cohérence de haut niveau ; elles ne sont pas le budget.

Exemple pratique : mise à niveau pour le traitement quaternaire

L’exemple pratique suivant illustre la logique de conception d’une mise à niveau pour le traitement quaternaire, en appliquant les seuils réglementaires et les preuves de coûts issues des autorités citées.

Contexte du projet

  • Station d’épuration des eaux urbaines résiduaires d’un État membre de l’UE traitant une charge de 200 000 EH
  • Configuration actuelle : traitement primaire, secondaire biologique, et tertiaire pour le retrait de l’azote et du phosphore
  • Visée par la portée inconditionnelle de 150 000 EH selon l’article 8, paragraphe 1 — traitement quaternaire requis indépendamment de l’évaluation des risques des eaux réceptrices[1]
  • Le programme national de mise en œuvre assigne cette station au jalon de 60 % — le traitement quaternaire doit être opérationnel au 31 décembre 2039[1]
  • L’eau réceptrice est une rivière alimentant un captage d’eau potable en aval ; classification de zone sensible selon l’article 8, paragraphe 2 confirmée

Comparaison des chaînes de traitement

Configuration Performance de retrait (annexe I) Coût unitaire indicatif Résidus à gérer
Ozonation + filtration sur sable Conçue pour ≥ 80 % sur le panel d’indicateurs de l’annexe I[1] Env. 6 à 9 EUR/EH/an (fourchette PoliMi)[2] Produits de transformation dans l’effluent ; boues gérables du filtre à sable
Adsorption sur CAG (régénération de 24 mois) Conçue pour ≥ 80 % sur le panel d’indicateurs de l’annexe I[1] Env. 7 à 8 EUR/EH/an avec régén. de 24 mois (PoliMi)[2] CAG usé nécessitant régénération ou élimination
Dosage de CAP + filtration sur sable Conçue pour ≥ 80 % sur le panel d’indicateurs de l’annexe I[1] Env. 8 EUR/EH/an (PoliMi)[2] Boues chargées en CAP nécessitant une élimination ; volume de boues plus élevé
Ozonation + polissage par CAG (hybride) Conçue pour ≥ 80 % sur le panel d’indicateurs de l’annexe I[1] Plus élevé ; combine deux familles technologiques CAG usé + gestion des produits de transformation

Logique de conception appliquée

Base réglementaire : l’article 8, paragraphe 1 impose le traitement quaternaire de manière inconditionnelle parce que la station dépasse 150 000 EH.[1] L’échéance du 31 décembre 2039 est fixée par le programme national de mise en œuvre. L’annexe I, tableau 3 établit le seuil de performance de retrait de 80 % sur les substances indicatrices.[1]

Choix technologique : l’eau réceptrice alimente un captage d’eau potable, donc l’article 8, paragraphe 2, point a) confirme la classification de zone sensible.[1] L’ozonation suivie de la filtration sur sable est la configuration la moins chère dans les données PoliMi, et présente le deuxième coût unitaire le plus bas dans l’ensemble de référence suisse VSA.[2] La filtration sur sable après ozonation gère les produits de transformation avant rejet.

Enveloppe de coût : à 200 000 EH, la fonction d’étude d’impact du JRC ajustée pour l’inflation donne environ 6,8 EUR/EH/an, ce qui implique environ 1,36 million EUR par année. La courbe moyenne suisse VSA à la même taille donne environ 9 EUR/EH/an (1,8 million EUR par année). La courbe d’ozonation PoliMi donne environ 6 EUR/EH/an (1,2 million EUR par année).[2] L’enveloppe prévue se situe donc dans la fourchette de 1,2 à 1,8 million EUR par année.

Financement REP : l’article 9 exige que les producteurs couvrent au moins 80 % de ces coûts par l’entremise de l’organisme de responsabilité du producteur d’ici le 31 décembre 2028.[1] Le 20 % restant est couvert par l’exploitant et récupéré par les tarifs de l’eau.

Calendrier d’approvisionnement : une échéance d’exploitation du 31 décembre 2039 implique que l’approvisionnement en ingénierie devrait être verrouillé d’ici 2034-2035 pour permettre la conception, l’appel d’offres, la construction, la mise en service, et la période d’échantillonnage d’au moins six mois requise pour démontrer la performance de retrait de 80 %.[1]

Votre liste de contrôle de conception pour le traitement quaternaire

Avant de finaliser une conception de mise à niveau pour le traitement quaternaire, assurez-vous que les éléments suivants sont documentés et traçables :

☐ Portée de l’article 8 confirmée — Portée inconditionnelle à 150 000 EH et plus, ou portée fondée sur le risque selon l’article 8, paragraphe 2 pour les stations de 10 000 à 149 999 EH rejetant dans des zones sensibles inscrites.[1]

☐ Jalon national de conformité identifié — Assignation de la station selon la trajectoire 2033/2039/2045 documentée dans le programme national de mise en œuvre soumis d’ici le 1er janvier 2028.[1]

☐ Panel de substances indicatrices caractérisé — Concentrations à l’affluent et à l’effluent mesurées pour les substances des catégories 1 et 2 de l’annexe I, tableau 3, avec au moins six substances et un nombre de catégorie 1 égal au double de celui de catégorie 2.[1]

☐ Plusieurs configurations de chaîne de traitement évaluées — Au moins trois configurations candidates parmi ozonation, CAG, CAP et variantes hybrides, comparées sur le seuil de retrait de 80 %, le coût du cycle de vie, l’empreinte au sol et le fardeau des résidus.[2]

☐ Enveloppe de coût comparée à la fourchette du JRC — Coût à l’échelle du projet comparé à la fonction d’étude d’impact ajustée pour l’inflation et à au moins un modèle de coût alternatif (VSA, PoliMi ou danois) du rapport JRC 2025.[2]

☐ État des eaux réceptrices recoupé — Conformité avec la Directive-cadre sur l’eau, la Directive-cadre Stratégie marine, la Directive sur les normes de qualité environnementale et la Directive sur les eaux de baignade confirmée, avec des exigences plus strictes que l’annexe I appliquées lorsque la qualité des eaux réceptrices l’exige.[1]

☐ Voie de financement REP de l’article 9 alignée — Format de reporting des coûts coordonné avec l’organisme national de responsabilité du producteur pour assurer une récupération d’au moins 80 % des coûts par le régime REP.[1]

☐ Plan énergétique et de résidus documenté — Audit énergétique conforme à l’article 11 et à la trajectoire 2030/2035/2040/2045 d’énergie renouvelable ; voie d’élimination des résidus documentée pour les médias usés ou les produits de transformation.[1]

☐ Piste de vérification et documentation de traçabilité — Chaque décision de conception reliée à un article, une annexe ou un constat d’évaluation des risques qu’un évaluateur externe peut vérifier dans le texte de la Directive et le programme national de mise en œuvre.

💡 Astuce de pro

Construisez une matrice unique d’exigences réglementaires dès le début du projet : une ligne par article et annexe applicables de la Directive (UE) 2024/3019, une colonne pour l’application spécifique à la station, la citation et le jalon. Remplissez chaque cellule avec la réponse de conception et la preuve à l’appui. Cette matrice devient la référence unique pour tout le cycle de vie du projet — de l’avant-projet jusqu’à la mise en service, la surveillance, et le cycle de révision de six ans du programme national de mise en œuvre.

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Sources et références

[1] Parlement européen et Conseil, Directive (UE) 2024/3019 du 27 novembre 2024 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires (refonte), Journal officiel de l’Union européenne, JO L, 12.12.2024 — Directive (UE) 2024/3019 (EUR-Lex)
[2] Pistocchi, A. (Centre commun de recherche), Updated estimation of the costs of quaternary wastewater treatment in the EU — A comparison of cost models, Office des publications de l’Union européenne, Luxembourg, 2025 (JRC144745) — Étude du JRC sur les coûts du traitement quaternaire (2025)
[3] Observatoire législatif du Parlement européen, Traitement des eaux urbaines résiduaires. Refonte — 2022/0345(COD) — Acte final, 12 décembre 2024 — Procédure 2022/0345(COD) de l’Observatoire législatif

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